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PAPE FRANÇOIS

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA
MAISON SAINTE-MARTHE

La compassion est un acte de justice

Mardi 17 septembre 2019

(L'Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n°040 du 1er octobre 2019)

Si «la compassion est le langage de Dieu», comment les hommes peuvent-ils détourner le regard, en étant indifférents face à qui est pauvre, seul, fragile? C’est précisément une question de «justice», a commenté le Pape François en se penchant sur cette question. «Dans ce passage de l’Evangile de Luc, il y a une parole qui se répète dans les Evangiles: compassion. L’évangéliste ne dit pas que Jésus “eut de la compassion”, mais qu’il “fut pris de compassion” (Lc 7, 13). Luc le décrit de façon explicite: «Le Seigneur fut pris d’une grande compassion».

Et précisément «la compassion lui fait voir la réalité ultime de ce moment: il y avait la grande foule qui le suivait, il y avait les disciples, il y avait le cortège funèbre, la mère, le mort... Mais Lui a vu la réalité, et la réalité était cette femme, dépouillée de tout parce qu’elle avait perdu son fils unique, et elle était devenue veuve». Donc, le Seigneur voit la réalité: une mère seule. Seule aujourd’hui et jusqu’à la fin de sa vie. La compassion te fait voir les réalités telles qu’elles sont; la compassion est comme les lunettes du cœur: elle nous fait comprendre réellement les dimensions. Et dans les Evangiles, Jésus est souvent pris de compassion». Du reste, «la compassion est également le langage de Dieu». La compassion «signifie partager le problème des autres, mettre là sa vie en jeu. Le Seigneur met sa vie en jeu, il va là, parce que c’est le langage de Dieu».

«En revanche, il n’en est pas de même avec les disciples: ils ne comprennent pas», a affirmé le Pape, proposant «un autre passage de l’Ecriture, de l’Evangile: la multiplication des pains. «Seigneur, ces gens nous suivent  depuis ce matin: fais-les partir, afin qu’ils aillent acheter le pain dans les villages et nous nous restons tranquilles». Ils ne disent pas cette dernière phrase, mais ils la pensent. Et ainsi: “fais-les partir” ». En pratique, ils suggèrent au Seigneur : «“Il faut que l’on arrête ici”, ils étaient prudent les disciples... La prudence nous dit de faire partir ces gens. Je crois qu’à ce moment, Jésus s’est mis en colère, dans son cœur, étant donné la réponse: «Donnez-leur vous-mêmes à manger! Après une telle journée, vous voudriez en plus qu’ils aillent dans les villages acheter du pain? Occupez-vous des gens!”».

Donc, «le Seigneur, dit l’Evangile, fut pris de compassion parce qu’il voyait ces gens comme des brebis sans pasteur. D’un côté, il y a le geste de Jésus, toujours la compassion et de l’autre, l’attitude des disciples, égoïste. Ils ne se salissent pas les mains. Et ici, si la compassion est le langage de Dieu, souvent, le langage humain est l’indifférence.

«L’un de nos photographes de L’Osservatore Romano a pris une photo, qui est à présent à l’aumônerie, qui s’appelle “indifférence”. Une nuit d’hiver, devant un restaurant de luxe, une femme qui vit dans la rue tend la main à une autre femme qui sort, bien couverte, de ce restaurant; et cette autre femme détourne le regard. Voilà l’indifférence. Allez voir cette photo: voilà l’indifférence. Notre indifférence. Combien de fois détournons-nous le regard... Et ainsi, nous fermons la porte à la compassion». A cet égard, le Pape a proposé «un examen de conscience: est-ce que d’ordinaire, je détourne le regard? Ou est-ce que je laisse l’Esprit Saint me conduire sur la voie de la compassion? Qui est une vertu de Dieu...».

«Et à la fin, il y a une parole qui m’a touché, quand j’ai prié l’Evangile, aujourd’hui. Jésus dit à la mère: “Ne pleure pas”, une caresse de compassion; il s’approcha et toucha le cercueil. Puis il dit au jeune homme: “Je te le dis: lève-toi!”. Le mort s’assit et commença à parler. Et comment cela se termina-t-il? “Il le restitua à sa mère”. Il le lui restitua: un acte de justice. Ce terme est utilisé dans la justice: restituer. La compassion nous conduit sur la voie de la véritable justice.

 



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